Statement d’artiste


La pratique picturale de MODI part d’une question simple. Comment rendre visible ce qui agit à l’intérieur de l’être humain sans passer par l’illustration.

La peinture devient pour MODI un espace de confrontation. Un lieu où la matière, le geste et la pensée se rencontrent. La toile n’est jamais un simple support. Elle fonctionne comme un terrain où s’accumulent fragments, traces, couches et accidents. Ce processus produit une forme de chaos. Mais ce chaos n’est jamais laissé au hasard. Il est construit, déplacé et recomposé jusqu’à trouver un équilibre fragile.

Le collage joue un rôle central dans cette recherche. Il agit comme une extension de la pensée. Les fragments introduisent dans la surface une logique de rupture et de reconstruction. Ils permettent d’articuler plusieurs niveaux de lecture dans une même image. Dans ce sens, le collage n’est pas seulement un procédé formel. Il devient un matériau mental.

Cette approche s’inscrit dans un dialogue avec plusieurs traditions artistiques. L’héritage du dada et du collage historique a ouvert la possibilité d’introduire dans l’œuvre des fragments du réel. Le surréalisme a montré comment l’image peut devenir un espace où le rationnel et l’inconscient coexistent. Les recherches sur la matière menées par des artistes comme Antoni Tapies ont également marqué la perception de MODI de la peinture comme surface vivante chargée de traces et de tensions. De la même manière, les expérimentations de Robert Rauschenberg ont élargi l’idée de ce que peut être une image en intégrant objets, matériaux et fragments de vie dans l’espace pictural.

La peinture n’est donc pas pour MODI un exercice de style. Il se méfie de l’idée d’une signature trop reconnaissable ou d’une formule répétée. Ce qui l’intéresse est plutôt la possibilité de maintenir une zone d’incertitude. Chaque œuvre doit rester un territoire ouvert où quelque chose peut encore apparaître.

Dans ce contexte, le geste pictural agit comme une forme d’énergie. Il peut être brutal ou silencieux, dense ou fragmenté. La surface devient un lieu où s’inscrivent des tensions psychologiques liées au refoulement, au déni, à la contradiction et à la mémoire. Ces mécanismes ne sont pas représentés directement. Ils se manifestent à travers la matière, les ruptures et les collisions formelles.

Ce que cherche MODI n’est pas une image stable mais un état. Une peinture capable de contenir plusieurs niveaux de réalité à la fois. Une peinture où le désordre apparent révèle progressivement une structure plus profonde.

Le chaos n’est pas une destruction. Il est une organisation invisible.